L’eau, sous toutes ses formes, principal récepteur et véhicule planétaire des contaminants chimiques ?

 

Que ce soit dans les lacs, les rivières, les glaciers, les nappes souterraines et dans les pluies, la présence de contaminants chimiques dans l’eau douce, sous ses deux formes, liquide ou solide, est aujourd’hui une réalité bien connue, mesurée partout dans le monde ; de l’embouchure du Gange aux glaces de l’Antarctique, des nappes souterraines de Mongolie à celles des hauts plateaux Andins.

En France, il n’y a guère de jour sans qu’un média ne nous alerte sur les taux anormaux de contaminants mesurés dans nos rivières et ressources souterraines et sur le cortège de leurs conséquences ; du renchérissement des coûts de traitement pour produire de l’eau potable jusqu’à à la fermeture des captages. Les réserves des grandes marques d’eau minérale elles-mêmes, pourtant protégées, n’étant pas épargnées.

Les très importants et rapides progrès dans les techniques de détection de microparticules comptent évidemment pour beaucoup dans la multiplication de ces constats. Mais cela, sans pour autant pouvoir toujours statuer, sur des bases scientifiques, quant à l’origine des contaminants trouvés.

En particulier quand le monde scientifique s’avoue interpellé par la présence de molécules persistantes ; souvent métabolites de contaminants dont la mise en marché a été interdite parfois depuis plusieurs décennies.

Trois études françaises qui viennent tout récemment d’être publiées, apportent des éléments de réponses quant à l’origine de ces contaminations ou/et quant aux phénomènes de circulation des contaminants de l’eau et par l’eau.

Bien que conduites dans 3 milieux aquatiques très différents, ce n’est pas le moindre intérêt de ces 3 études que de converger dans leurs conclusions.

  • Étude de l’IFREMER en collaboration avec l’Office Français de la Biodiversité et l’Université de Bordeaux, portant sur l’état des contaminations des zones littorales françaises.

https://www.ifremer.fr/fr/actualites/un-etat-des-lieux-inedit-des-contaminants-chimiques-d-interet-emergent-sur-le-littoral

Extraits de l’étude de l’IFREMER :

« Entre 2021 et 2024, les équipes scientifiques ont mené plusieurs campagnes de prélèvements sur l’ensemble du littoral métropolitain, depuis la Manche jusqu’à la Méditerranée, en passant par la façade atlantique, sur des sites exposés à des apports d’origines urbaines, industrielles, agricoles ou portuaires dans une logique de continuum terre-mer. L’échantillonnage a été réalisé sur l’eau marine au moyen d’échantillonneurs passifs (dispositifs non biologiques qui captent la contamination sur un temps long, 26 points de suivi) et sur les mollusques (34 points de suivi). Au total, 102 substances organiques et 21 composés métalliques ont ainsi été recherchés.

Tous les points de suivi présentent des contaminations : en moyenne, 15 substances différentes sont quantifiées par point de suivi en eau marine, et 10 substances dans les mollusques.

Même un secteur plus isolé, comme l’île d’Ouessant, au large de la Bretagne, présente des traces de pesticides et de médicaments. Ces résultats mettent en évidence la présence de contaminants chimiques issus des activités domestiques ou professionnelles, même dans des endroits éloignés a priori préservés

Parmi les substances les plus fréquemment retrouvées dans l’eau, figurent des herbicides comme les métabolites de l’atrazine et du métolachlore (ces deux substances agricoles sont désormais interdites) ainsi que des médicaments courants, comme le paracétamol. 

Dans les coquillages, les scientifiques ont aussi identifié des substances biocides antisalissures. 

Sur la base des résultats obtenus et des profils de risques identifiés pour les écosystèmes marins, les substances ont été « priorisées » : 51 ont été identifiées en eau marine (grâce aux échantillonneurs passifs) et 31 sur les mollusques. Ces substances priorisées sont ainsi proposées en vue d’une possible intégration à la surveillance française dans le cadre de la Directive-Cadre sur l’Eau (DCE), afin de mieux évaluer l’état écologique des eaux littorales, la surveillance sanitaire faisant l’objet de dispositifs indépendants. »

EXTRAITS de l’article de « The Conversation » consacré à cette étude :

« Les étangs ne sont pas de simples plans d’eau, mais des archives vivantes de l’activité humaine environnante. Souvent connectés aux rivières, ils s’imprègnent de l’héritage chimique des pratiques agricoles, à travers les métabolites de produits phytopharmaceutiques, ou produits de transformation (PT), qui en résultent.

Quand bien même un pesticide est amené à être retiré du marché, son empreinte chimique demeure. Des PT issus de la dégradation d’une molécule mère peuvent ainsi persister longtemps dans l’eau, dans les sédiments ou dans les organismes vivants. Longtemps invisibles, car peu connus et peu étudiés, ils rappellent que la contamination environnementale n’est pas qu’une affaire du présent, mais aussi une mémoire du passé.

Il ne suffit pas de retirer un pesticide du marché pour résoudre tous les problèmes de pollution : son empreinte chimique peut persister très longtemps. Nous vivons ainsi avec les cicatrices laissées par des produits chimiques utilisés à d’autres époques, lorsque leurs effets étaient encore mal connus.

Et pourtant, nous continuons de répéter la même erreur : autoriser la commercialisation de produits aux effets mal compris. Nous léguons alors de nouveaux problèmes à nos enfants. »

  • Université de Clermont Auvergne, CNRS/laboratoire de chimie de l’atmosphère en collaboration avec l’Observatoire de Physique du Globe de Clermont-Ferrand :

Campagne de mesure des pesticides dans les nuages

https://theconversation.com/des-pesticides-dans-les-nuages-les-dessous-dune-etude-inedite-266505

Publié également en octobre dans la revue « The Conversation », cet article en dit long sur l’exploit méthodologique qu’aura nécessité la réalisation de ces mesures (« Mettre les nuages en bouteille ! »).

Quant à ses résultats, tout en vous invitant fortement à lire l’intégralité de l’article et après avoir rappelé que le nuage est une forme aqueuse susceptible de se déplacer sur de très grandes distances, nous en extrayons simplement ici la remarque d’Angelica Bianco de l’équipe du CNRS :

« Franchement, pour le bien de notre belle planète verte et bleue, nous espérions ne pas trouver de pesticides dans les nuages ».

Pourtant, était-il si surprenant de trouver des contaminants dans les nuages, quand on les trouve dans l’eau de pluie ? On la savait non potable parce que chargée en poussières, pollens ou aérosols, mais on ne pensait pas qu’avant qu’elles ne se condensent en pluies, les infimes gouttelettes constituant les nuages étaient déjà chargées en pesticides. Encore fallait-il, comme ici, le mesurer et le démontrer scientifiquement !

Combien d’études faudra-t-il encore pour prendre conscience et surtout pour traduire en actes qu’il n’y a qu’une seule terre, qu’une seule ressource en eau et que, parmi toutes les espèces, une seule qui lui soit devenue nuisible ; l’espèce humaine. Jusqu’à quand ?