Le parc situé en Sud-Atlantique au large de l’île d’Oléron (AO7) n’a fait l’objet d’aucune offre au terme de la période de candidature a annoncé l’Etat dans un communiqué le 24 septembre 2025. Conditions de vent relativement faibles, éloignement de la côte, grande profondeur, présence d’une aire protégée Natura 2000… le tout pour un prix plafond de 100 €/MWh supérieur au prix actuellement pratiqué incompatible qui se situe autour de 65€/MWh mais pas assez élevé pour garantir une rentabilité à l’exploitant .
Si cette annonce satisfait les opposants à ce projet mais aussi l’ensemble de la population qui préfère l’Océan libre de toute implantation industrielle, est-ce pour autant une bonne nouvelle pour l’environnement ?
Un premier élément de réponse est au niveau local et court terme : Alors que le projet d’Oléron était déclaré infructueux, l’Etat attribuait à un groupement composé de Total Energies et RWE le parc éolien situé au large de la Normandie. Ce parc de 1 500 MW sera situé au large de la baie de Seine, à proximité du précédent projet éolien Centre-Manche 1 et le prix garanti s’élève à 66 €/MWh.
Cela montre que
Le deuxième élément de réponse se situe à un niveau national voir européen et à plus long terme.
Si l’Etat n’a pas fait le » forcing » pour trouver un candidat pour le projet d’Oléron, c’est que, pour le moment, la production d’électricité est supérieure à nos besoins.
En effet la production électrique a atteint 540 TWh en 2024, dépassant ainsi la moyenne des années 2014-2019, avec notamment 362 TWh de nucléaire (qui a résolu les problèmes de corrosion sous contrainte que le pays a connu en 2022-2023), 75 TWh d’hydraulique (favorisée par une pluviométrie record) et 72 TWh de production éolienne et photovoltaïque en progression régulière.
Face à cela, la consommation reste stable à 450 TWh compte-tenu, d’une part, de l’effet des mesures de sobriété et de la désindustrialisation du pays et, d’autre part, de l’électrification des usages, bien plus lente que ce qui avait été anticipé dans les études prospectives et pourtant indispensable à l’atteinte de la neutralité carbone à horizon 2050, .Mais remarquons aussi que l’essentiel du solde a été vendu à l’export, a rapporté au pays 5 milliards d’euros et contribué à diminuer les rejets de gaz à effet de serre de nos voisins.
Pour comprendre pourquoi la consommation d’électricité est en retard par rapport aux projections du début de la décennie et en quoi cela est préoccupant, remettons-nous dans le contexte de la COP 21:
Les gaz à effet de serre (GES) responsables du réchauffement de la Planète de 1,2° C à ce jour et de 2,2° C pour la France résultent à 70% de la consommation d’énergie .
En France, 57% de cette énergie totale est fournie par les produits pétroliers et le gaz, 27% par la production électrique, largement décarbonée (nucléaire, solaire, éolien), et le reste par la biomasse et les déchets.
D’où la stratégie d’électrification des usages qui consiste à remplacer les énergies fossiles par de l’électricité pour les usages individuels (véhicules électriques, pompes à chaleur, mobilité douce, chauffage et climatisation dans les bâtiments…) et les usages des entreprises (process industriels, transport…).
Notons aussi que s’affranchir des importations de pétrole et gaz renforce notre souveraineté énergétique et pourrait réduire notre déficit commercial (65 milliards d’achats de pétrole et gaz en 2024, 122 milliards en 2022 au plus fort de la crise énergétique)
Mais nous ne transformons pas assez vite notre société vers un usage massif de l’électricité et continuons à émettre des GES avec le pétrole et le gaz que nous continuons d’utiliser.
Le report du parc éolien d’Oléron est un signe concret du retard pris sur l’objectif de neutralité carbone en 2050. Toujours une bonne nouvelle ?
Les projections sur la consommation d’électricité laissent penser qu’aux alentours de 2030, elle rejoindra le niveau de production actuel pour le dépasser ensuite. L’augmentation de la capacité de production électrique reste donc bien à l’ordre du jour et doit être anticipée.
L’Etat prévoit 6 nouveaux EPR2 qui commenceront au plus tôt à produire à l’horizon 2038 (si tout marche comme prévu, l’EPR de Flamanville n’étant toujours pas à sa production nominale…) pour un coût de 100 milliards et une remise à niveau du parc existant pour un investissement équivalent. Tout cela est absolument nécessaire mais sera difficile à réaliser par EDF, déjà endetté à hauteur de 70 milliards et c’est donc l’Etat, seul actionnaire, et in fine le contribuable qui devra le financer.
Les énergies renouvelables solaire et éoliens sont financées par des intérêts privés et les aides de l’Etat sont de 6,9 milliards d’euros en 2025 et 6,6 milliards d’euros en 2026, après avoir rapporté au budget de l’Etat 5,5 milliards d’euros en 2022 et 2023. Leur coût de production est compétitif par rapport au nucléaire et leur mise en service est prévu de s’échelonner jusqu’à l’arrivée du nouveau nucléaire, permettant ainsi d’accompagner la nécessaire augmentation de la consommation d’électricité pour atteindre la neutralité carbone
L ’arrêt de certains projets d’énergie renouvelable, comme celui d’Oléron, est une « bonne nouvelle trompeuse ». Elle est plutôt le signe d’un essoufflement de nos efforts pour atteindre la neutralité carbone et une menace pour l’environnement, la biodiversité et la pérennité de notre littoral